Imagine que tu investisses tout ton argent dans l’action d’une seule entreprise. Au début, tout se passe bien. Le cours monte, et ta décision te semble juste. Puis une mauvaise nouvelle tombe, comme des résultats financiers décevants, un scandale, l’arrivée d’un nouveau concurrent. Le cours de l’action baisse fortement.
Comme tout ton argent dépend de cette seule entreprise, la perte te touche directement. Si tu avais réparti ton argent entre plusieurs entreprises, secteurs ou classes d’actifs, cette même baisse aurait probablement eu un impact moins important.
C’est précisément l’objectif de la diversification.
Que signifie la diversification ?
La diversification consiste à ne pas placer son argent dans un seul investissement, mais à le répartir entre plusieurs placements. L’objectif est de réduire le risque qu’un seul événement pèse fortement sur l’ensemble du portefeuille.
Le proverbe bien connu le résume très bien : il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Si le panier tombe, tous les œufs se cassent. Si les œufs sont répartis dans plusieurs paniers, une perte isolée est plus facile à supporter.
Pour les investissements, le principe est similaire. Celui qui investit uniquement dans une action, un secteur ou un pays dépend fortement de cette seule décision. Celui qui diversifie davantage répartit le risque.
Comment fonctionne la diversification ?
La diversification repose sur un principe simple : tous les placements ne réagissent pas de la même manière aux mêmes événements.
L’action d’une entreprise technologique peut fortement baisser, tandis que des obligations, des secteurs défensifs ou d’autres marchés peuvent être moins touchés. Une répartition large peut donc aider à atténuer les fluctuations.
Un élément important est la corrélation. Elle décrit dans quelle mesure deux placements évoluent ensemble. Lorsque deux placements sont fortement corrélés positivement, ils montent et baissent souvent au même moment. Dans ce cas, la diversification apporte moins. Il est généralement plus pertinent de combiner des placements qui n’évoluent pas toujours de la même manière.
Exemple : Si deux actions baissent souvent en même temps, elles sont fortement corrélées. Les combiner apporte alors moins de protection, car elles réagissent de manière similaire.
En revanche, si une action baisse pendant qu’un autre placement reste plus stable, la diversification peut mieux jouer son rôle.
L’objectif est donc de ne pas combiner uniquement des placements qui montent et baissent toujours ensemble.
Cela ne signifie toutefois pas que la diversification empêche toute perte. Lors de crises graves, de nombreux marchés peuvent baisser en même temps, car les investisseurs réduisent les risques à l’échelle mondiale. Dans ces phases, les liens entre différentes classes d’actifs ont souvent tendance à augmenter. La diversification peut alors atténuer les pertes, mais pas les empêcher complètement.
La diversification n’est donc pas un bouclier contre toutes les crises. C’est un outil qui permet de mieux répartir les risques.
| En savoir plus : Une étape scientifique majeure, la théorie du portefeuille: Dans les années 1950, l’économiste américain Harry Markowitz a mis en avant une observation devenue centrale aujourd’hui. Ce qui compte, ce n’est pas seulement le niveau de risque d’un placement pris isolément. Ce qui compte aussi, c’est la manière dont différents placements se comportent les uns par rapport aux autres. Lorsque deux placements n’évoluent pas de la même façon, le gain de l’un peut compenser en partie la perte de l’autre. Le risque global d’un portefeuille peut ainsi diminuer, sans que le rendement attendu baisse dans la même proportion. En 1990, Markowitz a reçu, avec Merton H. Miller et William F. Sharpe, le Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel. Sa théorie reste aujourd’hui une base importante de la gestion moderne de portefeuille. |
Dans quels domaines peut-on diversifier ?
La diversification peut être mise en œuvre de plusieurs manières. Toutes les formes de diversification ne sont pas aussi importantes pour chaque investisseur. Les exemples suivants montrent les grands principes :
- Classes d’actifs : l’argent peut être réparti par exemple entre actions, obligations, immobilier, matières premières ou liquidités. Ces classes d’actifs réagissent différemment aux évolutions des taux d’intérêt, à l’inflation et à la conjoncture économique.
- Secteurs : les secteurs comme la technologie, la santé, l’énergie, les biens de consommation ou la finance n’évoluent pas toujours de manière parallèle. Un secteur peut être sous pression, tandis qu’un autre reste plus stable.
- Régions : celui qui investit uniquement dans un pays ou une région supporte aussi le risque propre à ce marché. Une diversification internationale peut aider à compenser certaines faiblesses régionales.
- Temps : le moment d’entrée joue également un rôle. Celui qui investit régulièrement, au lieu d’investir tout son argent en une seule fois, répartit le risque dans le temps. Il achète parfois à des cours plus élevés, parfois à des cours plus bas. Cette approche est souvent appelée « cost averaging » ou investissement progressif. Il ne s’agit pas d’une diversification entre différents placements, mais cette méthode peut aider à réduire le risque d’un mauvais point d’entrée.
La diversification doit correspondre à sa situation personnelle
Le niveau de diversification adapté ne dépend pas uniquement des produits d’investissement disponibles. La situation personnelle joue aussi un rôle essentiel.
Deux questions sont particulièrement importantes :
- Combien de temps puis-je laisser mon argent investi ? Celui qui investit à long terme peut généralement mieux supporter les fluctuations à court terme. Celui qui aura besoin de son argent dans quelques années devrait planifier plus prudemment.
- Dans quelle mesure puis-je supporter des pertes ? Il ne s’agit pas seulement de la tolérance personnelle au risque, mais aussi de la situation financière. Un revenu stable, un faible niveau d’endettement et une réserve d’urgence suffisante donnent plus de marge de manœuvre. Celui qui dépend fortement de l’argent investi devrait gérer les risques avec une attention particulière.
La diversification n’est donc pas une recette toute faite. Elle doit correspondre à la situation de vie, à l’horizon d’investissement et à la capacité personnelle à supporter le risque.
Ce que la diversification peut faire, et ce qu’elle ne peut pas faire
La diversification peut surtout réduire ce que l’on appelle le risque non systématique. Il s’agit d’un risque lié à une entreprise, un secteur ou une région en particulier.
Exemples :
- Une entreprise publie de mauvais résultats ou connaît un scandale. Si tu n’as investi que dans cette entreprise, la perte peut être importante. Si ton argent est réparti entre plusieurs entreprises, l’impact peut être moins fort.
- Un secteur traverse une période difficile. Par exemple, le secteur de la technologie, de l’énergie ou de l’immobilier peut être sous pression, alors que d’autres secteurs résistent mieux.
- Un pays ou une région connaît une crise économique. Si ton argent est investi uniquement dans ce marché, tu es fortement exposé à cette situation. Une diversification internationale peut aider à réduire cette dépendance.
Ces risques peuvent être nettement réduits grâce à une bonne répartition.
En revanche, la diversification ne peut pas supprimer complètement le risque systématique. Il s’agit d’un risque qui touche l’ensemble du marché ou une grande partie de l’économie.
Exemples :
- Lors d’une crise financière mondiale, de nombreux marchés peuvent baisser en même temps. Même si ton portefeuille contient plusieurs entreprises, secteurs ou régions, il peut perdre de la valeur.
- Lorsque les taux d’intérêt augmentent fortement, cela peut peser sur beaucoup d’investissements à la fois. Les actions peuvent baisser, car les entreprises se financent plus cher. Certaines obligations peuvent aussi perdre de la valeur.
- Lors d’une pandémie, d’une guerre ou d’une grande crise géopolitique, l’incertitude peut toucher l’ensemble des marchés. Dans ce type de situation, les investisseurs deviennent souvent plus prudents, et de nombreux placements peuvent reculer en même temps.
La diversification ne signifie donc pas : aucun risque. Elle signifie : moins de dépendance à une seule entreprise, un seul secteur, un seul pays ou un seul événement isolé.
Pourquoi la diversification est aussi importante pour les petits montants
La diversification n’est pas réservée aux investisseurs expérimentés ou aux grands patrimoines. Même celui qui investit de petits montants peut bénéficier du fait de ne pas tout miser sur un seul placement.
Un fonds largement diversifié peut par exemple contenir de nombreuses entreprises différentes. L’argent investi ne dépend alors pas de l’évolution d’une seule action.
À l’inverse, celui qui achète uniquement quelques actions individuelles ou qui place toute son épargne dans un seul investissement supporte un risque qui pourrait souvent être fortement réduit par une simple diversification.
L’essentiel
En bref : diversifier ne signifie pas d’éviter ou de supprimer le risque. Cela signifie répartir le risque de manière pertinente.